« pour la qualité , le goût et les saveurs des produits de nos terroirs »

La Confrérie et la République

               Créée en 2004, ses membres fondateurs ont tous souhaité que l’association s’identifie héritière des idées humanistes du Siècle des Lumières et de la Révolution française de 1789 qui s’en inspira.
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               Populaire, nous nous reconnaissons descendants des sans-culottes et, à ce titre nous refusons toute sélection par l’argent, pour celles et ceux qui envisagent de nous rejoindre.
 
               Nos repas et chapitres, toujours ouverts à toutes et tous qui désirent passer un bon moment sont inspirés des banquets républicains d’autrefois qui, pour être réussis doivent être festifs en conjuguant, plaisir de la table, animation musicale, chants et danses.
 
               Pierre-François PALLOY dit « Le Patriote » est notre référent.
               Ce personnage haut en couleurs sortit de l’anonymat après que l’entreprise de maçonnerie qu’il exploitait, obtint l’autorisation dans les mois qui suivirent le 14 juillet 1789 de démanteler le Château de La Bastille.
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               Ce fut le créateur, la démolition de la citadelle achevée, du premier banquet républicain sur les lieus mêmes où elle se dressait. Nous n’avons pas d’informations sur la composition du menu qu’il proposa, mais nous savons que pour fêter l’évènement qui symbolise la prise de cet édifice par les « sans-culottes », il fut dégusté au moment du dessert un gâteau reproduisant la célèbre forteresse.
 
 
Comment sommes – nous ensuite passés d’un gâteau à ……… une tête de veau ?
 
               L’Histoire est là pour nous le rappeler. Les trois années qui suivirent le 14 juillet 1789, le roi Louis XVI à qui les pouvoirs avaient été maintenus commit de nombreuses trahisons à la Révolution alors qu’il semblait la soutenir. Les caricaturistes de l’époque, à l’humour souvent féroce, sur l’image équivoque qu’ils en percevaient, s’en donnaient à cœur joie, représentant le monarque sous les traits bestialisés d’un porc affublé du sobriquet de « Roi Cochon ».
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               Le 10 août 1792, la prise des Tuilleries par le peuple « sans-culottes » de Paris et par les « fédérés » (volontaires venus de provinces) encouragés par Robespierre et les Jacobins (révolutionnaires intransigeants) entraîna sa déchéance complète  Qualifié de Traitre à la Nation,  ses privilèges lui furent retirés.
               Il devint le simple citoyen Louis Capet et fut incarcéré à la Prison du Temple.
               Le 20 septembre suivant, la victoire des armées républicaines à Valmy sur les Autrichiens et les Prussiens mit un terme, à la guerre qu’il avait fomenté pour retrouver son trône, et à toutes possibilités de reprendre le pouvoir. Cette victoire majeure des patriotes républicains sur les monarchies européennes occasionna la proclamation de la 1 ère République le 21 septembre 1792 et accentua, à une période où « la monte-à-regret » raccourcissait bon train, le désir de certains, de plus en plus nombreux, d’en finir avec l’Ancien Régime.
               Le 21 janvier 1793, quatre mois, jour pour jour après la proclamation de la 1ère République, la décollation de Louis Capet fut réalisée, faisant disparaître le dernier symbole vivant de la royauté.
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               Très vite, le pamphlétaire Romeau dans son opuscule « La Tête et l’Oreille » ( de cochon bien sur ) projeta dès le 21 janvier 1794 l’organisation de banquets républicains pour commémorer la fin de la monarchie absolue de Droit Divin, génératrice d’injustices et d’oppressions en tous genres. Il suggéra alors que le plat principal du menu soit concocté à base d’oreilles et de têtes de cochons.
               Des banquets commémoratifs se déroulèrent désormais chaque année, dès le 21 janvier 1794 et tout au long de la première partie du XIXème Siècle, avec au menu comme plat de résistance: de la tête de cochon farci.
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               Ces banquets républicains annuels rencontrèrent un vif succès. Ils devinrent le motif et le support de rassemblements commémoratifs, mais aussi ceux de véritables réunions fraternelles, amicales, conviviales, publiques et politiques.
                La Campagne des Banquets  de 1847 mobilisa plus de 20 000 convives à Paris, dans les villes du Nord et de l’Est. Elle fut à l’origine de la chute de la Monarchie de Juillet louis-philipparde de 1848 qui venait de les interdire.
               La proclamation de la 2ème République réalisée à la suite de cet événement, « le banquet républicain » obtint son titre de reconnaissance en devenant un moyen de mobilisation politique.
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C’est la période où la tête de cochon farci fut abandonnée au menu des banquets et remplacé par la tête de veau.

En avait-on trop consommé au point d’en être rassasié ?
Où le peuple révolutionnaire s’était-il quelque peu embourgeoisé ?
               La raison de cette substitution n’est pas élucidée sur le plan historique et, à ce jour il est impossible de répondre à ces questions.
               Mais ce que nous savons c’est que dans « L’Education Sentimentale », Gustave Flaubert fait dire à l’un de ses personnages du roman, participant à la Révolution de 1848 à qui il donne la parole au sujet de la tête de veau, je cite :  « c’est une importation anglaise » ; pour parodier la cérémonie que les « Roundheads » célébraient chaque 30 janvier, après la décapitation du roi Charles 1er d’Angleterre, survenu le 30 janvier 1649.
               On raccourcissait beaucoup au XVIIème et XVIIIème Siècle les despotes pour aller vers la démocratie.
               Les partisans de la monarchie institutionnelle célébraient cette date lors d’un banquet où la tête de veau était arrosée de vin rouge qui servait à remplir en guise de verre, des crane de veau utilisés au cours du repas, pour porter des toasts à l’extermination des Stuart.
               C’est donc ainsi , pour commémorer la Révolution de 1789 et l’avènement de la 1ère République que nous sommes passés du Château de la Bastide sous forme de pâtisserie, à la tête de cochon farci en plat de résistance pour arriver à la tête de veau, le plat emblématique choisi qui nous sert de moyen pour vivre et partager entre nous les valeurs républicaines et pour mener le combat sans merci que nous accomplissons contre la malbouffe.
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